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Feuilleton d’une année exceptionnelle que s’est-il passé dans « le cercle » des abeilles ?

lundi 26 novembre 2012, par Yann Baudime

Feuilleton d’une année exceptionnelle que s’est-il passé dans « le cercle » des abeilles ? En gros, les conditions climatiques sont à l’origine d’une année qualifiée d’exceptionnelle par les anciens. Des récoltes très maigres, voire divisées par 2 ou 3 ou plus, ont été observées chez tous les apiculteurs, tant en France qu’au niveau mondial. Les autres filières agricoles sont également touchées, Benjamin en sait quelque chose…. On vous le dit de suite on ne vous l’a pas fait court !

Zoom sur la météo 2012 fort contrariante : Chez nous, les bergers d’abeilles, la saison de production dure 6 mois et démarre avec les premières fleurs du massif des maures, bruyère blanche, romarin : février où l’on a eu à constater la « normale » mortalité hivernale. Cela contraint les exploitants apicoles à reconstituer le cheptel au plus vite dans la saison. On décide combien de colonies on réserve pour créer nos essaims périodiquement.

Mars très doux mais parfaitement sec : les floraisons furent maigres en nectar, en fait aucun nectar rentré dans les hausses ! Heureusement, au fil de nos visites, les colonies rentrent du pollen, elles en ont grand besoin en sortie d’hivernage pour les protéines entre autres composants. Dès avril, vint la pluie espérée, hélas, trop de pluie ! (L’abeille ne sort pas, une seule goutte reçue en plein vol peut lui être fatale). Mais surtout, avec la pluie : le froid fut de retour. Les sorties des abeilles ont été strictement limitées aux quelques heures les plus clémentes des rares journées sans pluie. Toujours aucun nectar rentré dans les hausses ! En consolation et dans l’incertitude, nous posons des « trappes à pollen » sur les colonies qui le permettent ; c’est un pollen bien orange à dominante de ciste que nous allons récolter presque chaque jour (sinon les pluies peuvent le détériorer). Nous attaquons la première transhumance de la saison, en emmenant un rucher au thym. Le mois de Mai a bien déçu notre attente de meilleures températures : en plus des précipitations persistantes partout, le vent s’en est mêlé ici. (Il a séché le peu de nectar des fleurs). Bref de quoi rendre très nerveuses des colonies entières d’apiculteurs …

Dans ce contexte durablement défavorable, on s’accroche en prenant les « moins mauvaises » décisions. Pratiquant une activité de « petite » et de « grande » transhumance, nous avions depuis début avril les yeux (et oreilles) rivés sur l’avancée des floraisons plus au nord, en Rhône alpes, là où nos ruchers partent progressivement en « colonies de vacances » butiner d’autres variétés de nectars (et contribuer ainsi à leur échelle au maintien de la biodiversité). Même météo défavorable ! Où fallait-il donc déposer cette année nos ruchers pour avoir une miellée de printemps ? Nous réfléchissons en urgence à transhumer un rucher « garrigues » plus au nord dans le var, visitons mais ne trouvons pas d’emplacement adéquat (concrètement c’est toujours plus compliqué qu’il n’y parait : il nous faut en plus de la surface suffisante et la plus plane possible, l’accès camion, la discrétion du lieu et … la forte concentration de la fleur). Après avoir décidé de tirer un trait définitif sur le bruyère, le romarin et le garrigue, restait ici, l’unique espoir du rucher placé sur le thym (à la floraison plus « longue »).

Ainsi, et malgré les précipitations persistantes, les ruchers ont démarré la « grande » transhumance vers fin avril. Et puis, progressivement, les floraisons ont commencé à arriver sur pratiquement tous nos emplacements, les visites et les récoltes se sont enchaînées : « En haut », un peu de toutes fleurs, l’acacia qui nous a « rendu chèvre » à ne pas vouloir démarrer (il aura produit très peu), le tilleul peu volumineux non plus, mais fidèle. Et ici : Au thym, a fini par arriver une toute petite récolte, mais gratifiante car c’est une miellée délicate à obtenir. Après cette récolte bien tardive, ce rucher, ainsi que nos essaims réussis, ont vite transhumé vers l’emplacement de montagne. Puis, « la haut » venait en même temps le châtaignier qui nous a bien inquiété car il a pâti de pluies orageuses en pleine miellée, il a finalement donné de la qualité à défaut de la quantité. (Parenthèse des petites contingences parallèles : Là le turbo du camion nous lâche, on a fini le circuit en rajoutant beaucoup d’huile dans le moteur, mais les ruches sont bien déposées à 5h du matin). En même temps, le montagne, qu’on a été récolté partiellement une première fois (pour fournir la vente) avant la récolte finale tardive : bonne récolte qualitative mais toujours pas de quantité correcte. Puis, arrive l’incontournable lavande que nous adorons tous dans la profession car c’est bientôt la fin de la « grande » transhumance : sur nos 2 emplacements, on a fait une récolte juste correcte. Il faut savoir que la miellée de lavande bloque la ponte, nous devons aider à la relancer grâce aux premières reprises de floraisons vers fin août., la sarriette ou « pèbre d’ail » est la solution sur cette période « critique ». Après un engagement qui ne s’est pas concrétisé, nous recherchons toujours un emplacement de sarriette pour 2013.

Et le cheptel : Au-delà des récoltes bien maigres, la reconstitution des cheptels a été bien compliquée aussi : D’un coté, les essaims créés en tout début de saison ne se développaient pas. Et d’un autre, la météo en cours de printemps a empêché d’en créer autant de séries que nous le souhaitions. Heureusement, notre dernière série semble avoir donné une bonne réussite jusque là. Après tous les rapatriements, le cheptel est maintenant rassemblé dans les Maures, sa « résidence d’hiver » là ou il va profiter des températures hivernales les plus clémentes et du réveil printanier le plus précoce.

Sortons le nez du guidon : La météo défavorable n’explique pas tout bien sur. Le comportement des abeilles a été observé comme inquiétant notamment lors de l’essaimage naturel, étape du développement des colonies qui revient chaque année sur une période précise ; Celui ci fut anarchique, chez nos collègues comme chez nous. Sans évoquer les facteurs environnementaux classiquement connus, qui défraient (un peu tristement) la chronique au lieu d’être pris simplement en compte. Patience notre ministre invite chaque agriculteur à « produisons autrement » le 16/12/12 dans le 16° arrondissement de Paris.

Et coté consommateurs alors ? L’ensemble des consommateurs est concerné, en amap et au marché, tous contraints, « dans le cercle de solidarité » de la petite exploitation locale. En l’absence d’alternatives, des décisions de production se sont imposées :
- Ne pas modifier le tarif, malgré un coût de production plus élevé
- Arrêter la production des pots d’1 kg sur l’essentiel des variétés
- Produire le thym seulement en pots de 250 g
- Compenser par de nouvelles recettes : produits maison ou nous valorisons notre production
- Continuer à se passer pour l’instant des recettes « complémentaires à la production » que seraient la revente de produits achetés (permise en quantité limitée) Malgré ces restrictions, le stock est désespérément bas nous obligeant à faire moins de marchés et les recettes s’en ressentent déjà, mais c’est aussi grâce à ces mesures que nous avons pu limiter les dégâts pour vous :
- En vous livrant quasiment le même volume qu’en 2011. Même avec l’avance de trésorerie reçue, vendre avec remise quand on manque de stock, ç’est un véritable effort économique.
- En réservant au plus tôt tout ce qui était commandé : à chaque distribution, nous avons réussi à TOUT vous livrer. (hors les 3 récoltes indisponibles à partir de la 2° distribution et que vous avez choisi d’échanger contre d’autres, nous saluons l’énorme travail de notre référente à ce propos)
- 10 variétés différentes et du pollen ont été livrés, y compris la confidentielle récolte de thym pour maintenir la diversité que vous appréciez.
- Il n’a plus été possible d’augmenter sa commande à partir de la 5° distribution sur 6.

Tout n’a pas été noir : Un nouveau miel a été produit, du thym ! La récolte de pollen a été satisfaisante et de bonne qualité. 3 médailles de BRONZE reçues : acacia, lavande et le châtaignier (OR en 2011) Notre créativité et notre temps de travail qui ont été sollicités pour inventer et fabriquer des produits nouveaux à un prix accessible, semblent être également récompensés : jusque là ces produits plaisent sur les marchés (remarque : ils ne sont pas proposés à l’AMAP pour les raisons développées plus haut). Notre cheptel est dans un très bon état sanitaire, ça c’est notre priorité de bergers.